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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 12:34

J'ouvre avec un très grand plaisir le refuge humain pour permettre à tous un endroit où déposer les joies et les peines.

 

 

 Par exemple, mon refuge humain serait une communauté sans esclavage où chacun logerait dans une maison privée. Le travail de chacun serait défini en commun et en particulier, de façon à maintenir le gîte et le couvert. Le restaurant communal serait végétarien ; il y aurait des bus et peu de voiture privées.

 

Les animaux serait compté parmi les convives, et c'est ainsi que nous aurions le premier parc animalier habité pour y faire des photos extraordinaires.

 

Je rêve d'un endroit où la police serait chacun pour préserver la bonté du lieu.

 

Je rêve d'un endroit qui compense la tristesse de la perte d'un être cher, par la trouvaille d'amis respectueux.

 

L'argent est aléatoire et extra-terrestre, donc il n'y aura pas d'argent entre les membres. Il n'y aura pas de facture d'électricité, alimentation par éolienne ou solaire.

 

Merci de me faire partager votre type de refuge humain ...

 

 Car en cette ère du verseau, c'est la liberté et le droit qui sont en question par chacun. La fonction religieuse, l'esprit veut se libérer de l'esclavage pour devenir vrai.

 

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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 00:23

 

 

 

Badra se demanda ce qui lui valait cette rencontre avec cet individu qui lui montrait tant de  malveillance dans le regard, cette amplification méchante, ces trépignements ...

 

A peine la fillette eut-elle jeté un coup d’œil interloqué sur elle, aussitôt la personne aux cheveux qui se sont soudainement ébouriffés se lança à sa poursuite en prenant un air encore plus déterminé, enragé, griffes et mâchoires en avant …

 

Elle courait en augmentant de taille, puis en rétrécissant, démoniaquement ! La fillette se mit alors à son tour à cavaler en fondant l’air, comme si elle voulait survoler la terre, se déplacer dans l’espace.

 

Badra avait beau avoir les yeux brouillés par la sueur due à l’effort de la course, elle galopait avec la chance de ne rencontrer aucun obstacle, le corps bouillant qu’elle perçu glacé par l’effroi, l’esprit figé sur cette terreur.

 

 Arrivant enfin à la maison de la parente, elle se mit à tambouriner de toutes ses forces sur la porte, mais celle-ci ne s’ouvrit pas. Il n’y avait personne dans la demeure !

 

Elle tourna le loquet et la lourde porte bâilla enfin dans un ronflement sec. La fillette s’essuya les yeux et mesura à quelle distance se trouvait la folle qui la poursuivait …

 

Sa poursuivante se trouvait toute proche. Même si Badra ne la voyait pas exactement, elle la sentait si fort dans son environnement que ça l’étouffait !

 

Badra finissait son récit en disant qu’en courant si vite, elle avait réussi à semer la créature infernale qui la talonnait. Mais ses angoisses, sa peur, ne firent qu’augmenter avec les évènements qui lui tombèrent par la suite dessus …

 

Ouaria, la mère adoptive des petites achetées à mascara, leur avait enseigné la broderie, la cuisine, la couture et tout ce qui concernait l’entretien et la créativité culinaire et artistique dans une maison familiale.

 

Mais les années passaient et les fillettes grandissaient dans l’ignorance du système du monde réel, en ne sachant rien du calcul ni de la lecture.  Un jour fatalement Ouaria tomba malade. Ce fut malheureusement la période où elle envisagea le problème de la scolarité en tenant tête à son mari.

 

Lorsque son inquiétude à l’égard du futur de ses fillettes lui montait trop fort à la tête, et sachant qu’elle ne pouvait pas faire confiance à son mari, elle s’épanchait auprès des autres membres de sa famille en pleurant et en suppliant.

 

Ces derniers finirent par lui promettre à sa demande, qu’en cas de séparation, de l’or serait donné aux fillettes pour les aider à construire leur postérité, et qu’elles seraient ramenées chez leur père à Mascara.

 

Ouaria mourut lorsque Khadija fut âgée de onze ans et Badra de dix. Les deux fillettes en furent inconsolables. Badra s’enfuit de terreur après que sa mère adoptive fut enterrée. Tout le monde la cherchait alors qu’elle ne voulait pas quitter sa chère mère.

 

 La pauvre fillette, anéantie, passa toute la nuit suivant l’enterrement sur sa sépulture.

 

 Lorsque le froid la faisait tressaillir, elle se rapprochait un peu plus du ventre de la terre qui contenait la relique aimée.

 

Soudain, elle entendit des bruits captivants d’horreur provenant du tombeau qui se trouvait pas loin, juste à côté de son tas de terre froide à elle.

 

 Elle était sûre que l’enterré n’était pas une bonne musulmane ou musulman, ni quelqu’un de bien. Dans le cas contraire il n’y aurait pas eu ces hurlements terrifiants témoins de la correction qu’elle entendait, réservée à ceux de cette espèce …

 

Condamné parce que de son vivant il n’avait pas cru, pas fait ses prières destinées à Dieu pour lui montrer son obéissante soumission. Le ou la décédée devait passer par les trois supplices de la  tombe …

 

Par l’intervention divine sa sépulture devait être en train de rétrécir sur son corps en provocant l’écrasement complet de ses côtes, de son cœur et ses poumons !

 

En même temps, la fillette le savait, car cela lui fut conté par sa dévote mère adoptive, le défunt devait sentir se déverser sur lui des flammes de l’enfer avec leurs braises.

 

Son paganisme nécessitait de sentir se poser sur lui le fameux serpent appelé le Brave ...

 

 Badra frémit de terreur en se remémorant les punitions divines, et elle se blottit davantage contre la terre molle comme pour se faire protéger par sa mère ...

 

Pour avoir abandonné la prière de Dhour, le Brave, fameux serpent dévoué à Allah son créateur, devait frapper l’incroyant du soir au matin.

 

Pour ne pas avoir pratiqué la Prière de Fajr, le Brave devait continuer de battre comme plâtre le malheureux décédé du matin au soir, et ainsi de suite.

 

On devait sûrement lui reprocher de ne pas avoir exécuté Fajr, la prière de l'aube, composée de deux fractions lesquelles devaient être récitée à haute voix, ni Zuhr, la prière du début de l'après-midi, consistant en quatre rakats.

 

La rakat est la succession d’inclinations du buste à partir de la station debout jusqu’à ce qu’il soit horizontal, les mains appuyées sur les genoux, suivi d’un redressement et d’une prosternation, le front et le nez sur le sol, les mains posées à plat sur chaque côté de la tête, les genoux et les pieds posés sur le sol, suivi d’un redressement assis, puis d’une nouvelle prosternation et d’un redressement et ainsi de suite.

 

Chaque prière comportant jusqu’à quatre rakats lesquelles devaient être dites intérieurement comme pour soi, puisqu’il est entendu que Dieu entend toutes ses ouailles, même les muettes.

 

A voix haute ou basse, il aurait été vital de faire ses prières en pensant à son au-delà, en obéissant aux doctrines de son créateur.

 

 A chaque supplice payé pour chaque manquement aux préceptes, Badra imaginait le serpent l’enfoncer plus profondément dans son rectangle de terre fraichement retournée sur le mort.

 

 Badra fut mortifiée !

 

 Son monde était ordonné par la religion et ce mort attirait sur lui la colère divine ...

 

Badra ne voulait pas rester là à proximité de cette surpuissance déchaînée, mais elle était captivée par le prix à payer pour la décadente liberté de penser des païens ...

 

Elle percevait les cris du supplicié de plus en plus forts, mais était rassurée par le silence qui régnait ailleurs, dans la nuit profonde. D’autre part, elle avait le cœur brisé et n’avait nullement envie d’être ailleurs qu’auprès de la sépulture de sa chère mère adorée.

 

Des oiseaux nocturnes piaillaient, mais pas un bruit ne provenait de la  tombe de l’être aimé. Ce n’était pas surprenant, elle avait été si pieuse durant toute sa vie !

 

Elle avait entendu ses proches évoquer les risques encourus par les non pieux, mais là, elle en avait la preuve par l’expérimentation auditive …

 

Chaque jour elle avait vu sa mère exécuter les prières, ses « devoirs à dieu », pour ne pas que ce moment-là lui arrive !

 

 Ces  plaintes n’étaient qu’une entrée en matière, car le fraichement trépassé devait encore affronter les trois supplices de son jour de jugement dernier.

 

 Après ces maltraitances dans la tombe, il sera ensuite escorté en enfer et ceux qui l’y accompagneront le frapperont au visage le plus fortement possible. Avant sa damnation finale, Dieu lui-même jettera sur lui son célèbre regard effrayant de colère éternelle, car il est rarement satisfait de ses ouailles. Après un tel traitement, la peau de son défunt visage tomberait d'elle-même. Tout ça parce qu’il n’avait pas fait ses prières, Dieu le jugerait sévèrement et le condamnerait à l'Enfer !

 

Mais que dire de l’horreur de savoir que ces élucubrations avaient été provoquées par les plaintes d’un pauvre hère qu’on avait enterré vivant, probablement à la suite d’un coma prolongé ! Et que très nombreux sont les hommes qui prétendent avoir été convaincus par l’intermédiaire de la religion de croire en un enfer sous terre et un paradis dans les cieux régis de manière bonne et en même temps d’une cruauté incompréhensible.

 

Marcher dans la combine d’un cinéma afin de s’auto suggérer supérieurs aux autres créatures, parce que croyants en elles-mêmes, est hallucinant. Les pouvoirs en place discriminent allègrement chaque foule selon son dieu et son acharnement à le satisfaire. Par conséquent tous leurs contemporains peuvent les pousser à tuer les autres pour gagner le paradis !

 

… Badra fut retrouvée par sa famille au petit matin. Tremblante de fièvre et délirante, sa mésaventure de deuil et de tentative de rapprochement sans le résultat merveilleux de voir revenir auprès d’elle l’être aimé se conclut par un sérieux refroidissement dont elle mit un bon mois à se remettre.

 

Par la suite, à Mascara, où on s’est débarrassé des petites filles après que des bijoux aient été remis à chacune d’elles, les deux sœurs furent reconduites chez Laïla, où se trouvait Malik, son fils, qui avait bravé le  paternel concernant sa mère pour la retrouver chez ses grands parents.

 

Mascara était une bourgade composée de champs à perte de vue. Ces champs dont disposaient les colons, étaient cultivés afin de produire le fameux vin du même nom. La terre et le ciel de là-bas faisaient une alchimie sans pareil pour les grappes devant servir à faire ce cru.

 

Cependant les colons étaient les seuls à profiter de ce cépage velouté, puisque les traditions des autochtones voulaient que l’on s’abstienne absolument d’altérer volontairement sa conscience.

 

 

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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 22:08

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par Ambre

 

Exclus des bienfaits planétaire

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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 21:01

 

D’un pas décidé, Madjid entra dans son arrière-boutique afin de prendre son couteau d’assassin posé sur son établi de découpe de viande.

 

L’animal était toujours attaché à l’arbre où elle avait réconforté les enfants, et avant eux, elle avait consolé Laïla, incapable d’échapper à l’abîme de l’oubli qu’est le ventre des carnassiers.

 

Madjid, armé de son engin de mort, s’approcha du doux zoomorphe, lui tâta les flancs afin d’évaluer le poids de ses abattis, et le détacha.

 

Il entraina la misérable biquette dans un endroit de sa cour où il avait auparavant disposé une large cuvette au sol. Il dut la contraindre, car elle sentait émanant de lui de mauvaises vibrations.

 

Une fois qu’il l’eut traînée jusqu’à l’endroit prévu pour son cadavre, il lui attacha les pattes deux par deux pour que les réactions de la victime à la perte de son existence fasse moins de traces.

 

Il balança Nedjma sur le flanc. Il amena la bassine à sang sous le cou gracile ...

 

Nedjma leva la tête vers le ciel, car chaque fois qu’elle avait regardé l’homme dans les yeux, c’était comme un coup de poignard enfoncé dans le cœur et elle ne pouvait soutenir son regard sans oppression.

 

Nedjma avait toujours su qu’il était son ennemi. Ses yeux semblaient vouloir se fondre dans la brillance des étoiles impassibles.

 

 C’était l’heure et encore une fois, elle ne pouvait que subir. Madjid empoigna rageusement son cou.

 

Avec brutalité, Il la tint par les oreilles, aussi cruellement que sa mauvaise humeur le voulait. Il n’était pas content que l’animal dirige sa tête autre part que là où le couteau et lui ouvrageaient … Et la chèvre entra dans l’immense oubli des rejets issus des repas de singes glabres affamés …

 

À peine ses filles furent elles parties, que Madjid les avait chassé de son esprit. Lorsqu’un jour, comme à son habitude, Laïla revint aux alentours de la boutique de celui qui l’avait jadis répudié  pour couver de son regard affectueux ses enfants, elle fut informée de l’affaire de la vente de ses chérubins par une relation qui connaissait la femme de l’homme qui avait assisté à toute la scène.

 

On lui avait même décrit les voyageurs et leur véhicule ... Laïla fut mortifiée en apprenant cela. Comment pourrait-elle revoir ses filles après ça ?

 

Laïla se lamenta ainsi durant des mois. Telle un spectre, elle trainait dans les rues de la ville pour essayer de voir son fils qui lui, se trouvait dans la maison de son père, non loin de chez elle.

 

Mais son lascar d’ancien mari avait horreur de voir Laïla aux alentours de son domicile. En se cachant, elle ne parvenait à apercevoir son fils Malik que très rarement. Cependant elle apprit qu‘il fréquentait l’école coranique et une organisation indigène enseignant le français.

 

Il restait cette solution pour que les enfants ne grandissent pas incultes et apprennent les rudiments religieux tout en s’initiant aussi à écrire l’arabe.

 

Lorsqu’elle apercevait son fils, Laila retrouvait goût à la vie. Elle était pleine de fierté à chaque fois qu’elle pouvait l’apercevoir. Mais ses filles lui manquaient d’autant plus. Elle demeura un certain temps dans la ferme détermination de se procurer l’adresse de leur famille adoptive.

 

Néanmoins son entourage finit par la persuader que  plus sûrement, avec les étrangers qu’il avait vus, ses filles grandiraient dans le confort et l’attention menant vers un avenir agréable.

 

Ils surenchérissaient tous :

 

« Ce qui ne serait pas arrivé avec leur père ou avec toi »!

 

Vue l’importance générale de sa seigneurie Argent, Laïla s’efforça d’oublier ses projets, ses amours.

 

Tlemcen d’où les adoptants dirent être issus,  est une petite ville située non loin de la frontière marocaine, à une cinquantaine de kilomètres de la mer. Elle possède comme Alger sa casbah.

 

Néanmoins, ses habitants semblaient n’avoir pas connu l’humanité des cœurs compatissants, en ne vivant qu’en comptant et en taisant leurs sentiments encore plus qu’ailleurs ! Comme dans les endroits inhospitaliers où naître prédispose à la pauvreté et aux cauchemars.

 

 

 De longues rues couvertes jalonnaient la ville, plus petite d’antan qu’aujourd’hui.

 

Les filles de Madjid grandirent rapidement comme tous les autres enfants. Avec l’épanouissement de leurs corps, la grâce de leurs visages faisait qu’on ne se lassait pas de les regarder.

 

Coutumièrement pour être fidèle à leur rang, malgré la très grande aisance de leur famille adoptive qui leur limitait les droits, les deux fillettes n’eurent pas accès à l’école.

 

Leur nouveau foyer n’ayant pas de problème de finances, elles auraient très bien pu en fréquenter une. On les aurait accompagnées. Mais leur père adoptif disait en se gaussant, et surtout pour avoir la conscience tranquille, se dédouaner, qu’en sachant écrire elles pourraient ainsi envoyer des mots à des garçons et qu’il ne parviendrait pas à les marier puisqu’elles seraient amoureuses ou enceintes de garçons malintentionnés.

 

Alors il fut décidé qu’elles n’apprendraient pas à écrire. Mais on leur enseigna les rudiments et plus encore, l’excellence de ce qui doit absolument être connu d’une bonne ménagère. De toutes les façons, ils pensèrent ainsi leur offrir de meilleures chances de trouver des bons partis pour des filles du peuple.

 

Badra et Khadija étaient jolies. Khadija avait les yeux verts de son père, mais elle aurait voulu encore plus ressembler à sa sœur quelle aimait tant, aux francs immenses yeux marron.

 

Les sœurs avaient toutes les deux le visage doux et harmonieux. Elles étaient fraîches et tendres, dressées à faire cas de leur entourage immédiat si nanti. Cependant, Badra avait un caractère craintif, anxieux.

 

Malheureusement aussi, elle était dotée d‘un tempérament têtu et rigide. Lorsqu’elle avait une idée dans la tête, elle y restait bien encrée en dépit de tout raisonnement logique.

 

 De plus, son obéissance religieuse inculquée lui avait rendu naturel d’agir avant de penser, gérée par ses obligations et interdits.

 

A partir de là, sa pensée fut éduquée à fonctionner à pas chère, aux économies, à la réussite matérielle dans une cervelle aimant tout contrôler, éduquée par sa famille d’adoption.

 

Sa sœur était sage et pas matérialiste. Quant à Badra, tout au long de sa vie, il lui arriva des mésaventures fantastiques, des diableries. Comme beaucoup, elle avait des convictions inébranlables.

 

Dès le plus jeune âge, avant qu’elle ne sache qui elle était vraiment, elle se statufiait déjà dans des rêves de sacrifices glorieux et flottants nécessaires à la réussite où elle projetait ses enfants en bonne mère de famille conventionnelle …

 

Elle s’imaginait voler au secours de gens et en être récompensée au centuple ; elle en rêvait.

 

Par une chaude fin d’après-midi d’automne, alors que le crépuscule bleuissait les rues, Badra fut envoyée en course. Sur le chemin, elle choisit d’emprunter un raccourci en passant par une des ruelles couvertes menant elle aussi à l’épicerie recherchée.

 

 Insouciante, la vue amoindrie par la relative clarté qu’elle venait de quitter, elle avançait, enivrée par ses pensées optimistes d’enfant, quand soudain elle buta sur quelque chose.

 

Elle cria en chutant, une porte s’ouvrit en crissant sinistrement, et la lumière éclaira la place. Ce qu’elle vit lui glaça le sang : elle venait de tomber sur le corps mort d’un bonhomme !

 

Un cadavre livide, malodorant, paraissant gigantesque, gisait là, sur le chemin des crêpes ! La fillette sentit son cœur chavirer, son estomac se retourner d’effroi. Elle tressaillit en se glaçant lorsqu’en réponse à son cri, des femmes sorties de l’arcade se mirent elles aussi à beugler …

 

C’était ces personnes mêmes qui avaient osé déposer un cadavre au frais dans la rue. Il est vrai que dans les petites voies étroites couvertes, il faisait moins chaud et les gaz de décomposition étaient mieux ventilés que dans les maisons basses aux toitures surchauffées par le soleil.

 

... Badra s’était relevée comme dans une autre dimension, mystérieuse et effrayante. Le rappel brutal que le vivant était mortel, ajouté à l’engourdissement dû à l’intrusion de la terreur dans sa relative légèreté enfantine, lui rendirent soudain l’air épais, l’espace plein de dangers immédiats. Partout des zombies ! A chaque battement de son cœur, les murs semblaient branler.

 

Tout semblait expressif et atrocement fantastique à la mesure du temps quasi infini depuis lequel le vivant meure sur Terre. En cet instant, Badra le perçut très clairement, il y avait deux mondes, celui des vivants et celui des morts, le visible et l’invisible.

 

Elle perçut de la sueur, du sang et des peaux sourdre des bâtisses centenaires pour jouer avec le sol fondamental. Elle sentit la terre trembler sous ses pieds. Pourtant, c’était bien elle qui avait le vertige ...

 

Elle ne pensa plus qu’à rentrer chez elle où le monde était moins effrayant, et se mit à courir aussi vite qu’elle le put, comme jamais auparavant.

 

Après ce choc trouble elle fit pipi au lit durant au moins un an ! De peur de se lever et de voir jaillir des revenants qui se jetteraient sur elle. Ce furent les punitions et le temps qui la remirent à coucher au sec ...

 

Mais d’où vient donc la peur des cadavres ? Dans la mesure où ce sont logiquement les vivants qui sont susceptibles d’être dangereux … Était-ce la frayeur du miroir de sa propre mort, ou encore pire de celle d’un de ses proches, ou était-ce le fait que l’habitant ne devient qu’un tas fumant en putréfaction, une crèche à insectes ? Sûrement un peu de tout cela …

 

Cette aventure eut des suites puisque quelques mois plus tard, alors qu’elle allait chez une parente demeurant non loin de là, elle vit à l’angle d’un pâté de maisons une petite femme qui la regardait haineusement avec des gestes d’impatience.

 

 

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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 15:27

Lire sur http://ambre.pro des extraits du livre de l'ère du verseau. Exclus des bienfaits planétaire,  est un livre augurant une société plus juste.

 

 

 

Elle était impuissante et se savait battue d’avance concernant ses tentatives de rébellion. Mais en dépit de tout, elle tenta maintes fois de libérer ses enfants. En chemin, elle se demandait chaque fois où se réfugier avec eux. Aussi face à sa rupture de lien avec ses petits, ce fut une longue descente aux enfers pour cette mère reniée dans ce qu’elle avait de plus profond et de plus cher, car provenant d’elle.

 

Malgré ses mariages, elle n’obtenait même pas le respect dévolu aux mères porteuses ou aux femmes de ménage.

 

... Elle pensait tout le temps à ses trois enfants qui ne la connaîtraient peut-être jamais ! La nature lui avait offert trois chances de ne plus être seule en ce monde, et on les lui avait retirées. Comme par hasard, il s’avéra que Laïla fut jetée après s’être faite congédiée une fois encore, après avoir servi de bonne, de putain, de nourrice d’enfants et enfin de défouloir.

 

Abusée, Laïla l’avait été depuis le début. Mais naturellement, elle se consolait devant la fréquence des gens comme elle, partageant une triste condition. Elle ne s’en sentait pas moins salie, brisée au pire fond du malheur.

 

 Ses nausées chroniques étaient là pour le lui prouver. Les larmes embrumèrent ses yeux mais elle ne pleura pas cette fois car la source de ses yeux était tarie. Le destin qu’elle avait expérimenté avait fini par la convaincre que sa vie ne serait qu’une succession de drames.

 

Elle résista à sa peine en s’émerveillant pourtant à chaque fois lorsqu’elle se promenait dans la nature, ou qu’elle rencontrait chez ses pareils des comportements bienveillants non détruits par les féroces, ou que ces derniers n’avaient pas  su détruire.

 

Madjid, le second époux de Laila, confia leurs deux filles à la chèvre pour qu’elle les allaite. Cette dernière était la confidente de l’épouse congédiée par lui. À chaque sanglot des gamines, Nedjma accourait bienveillante.

 

 Par une grande porte béante située dans le fond, le magasin donnait sur la cour où se trouvait la noble biquette auprès de laquelle se confiait Laïla. Les clients et passants occasionnels de son commerce pouvaient voir ainsi le spectacle qui avait lieu.

 

La caprine bien nommée « Nedjma » (étoile), était sur le flanc, attentive aux petites abandonnées.

 

 Ses yeux doux et bienveillants comme des étoiles faisaient sourire les fillettes du plaisir pour la bonté et la tendresse retrouvées, touchées, caressées, assouvies. En fait, Nedjma songeait à ses petits disparus à elle au travers des enfants.

 

Elle offrait ses mamelles pleines de lait aux deux tendrilles, alors qu’un figuier bienveillant leur faisait une ombre protectrice.

 

Un jour, un petit groupe entra dans le magasin. Madjid les voyait pour la première fois. Aussi se mit-il à les jauger. Il était visible que ces personnes s’étaient nanties sur des générations.

 

Ces hères avaient les mains fines, l’œil dictatorial affectant une mise à distance sanitaire, une manie de la récupération bourgeoise et un crochet harponneur badin dans chacun de leurs gestes.

 

Ainsi, ils affectaient un mépris affirmé durant toutes leurs vies sans doute ...

 

Ils achetèrent beaucoup de choses, mais avant de partir, un homme qui semblait être l’autorité du groupe dît en s’adressant à Madjid :

 

« Monsieur, nous avons vu les deux petites filles là, dans votre cour avec une chèvre, Puis-je vous demander à qui elles sont ? » Madjid le mata du regard avant de lui répondre :

 

 « Est-ce que j’ai le temps d’admirer la nature moi ? Je suis toujours là derrière avec mes filles ou ici à travailler ! »

 

L’homme fronça les sourcils avant d’insister :

 

« Excusez-moi si je suis indiscret, mais leur maman est-elle présente ? »

 Madjid prit un air offensé :

 

«  Leur mère est morte il y a maintenant dix mois, et ces satanées gamines me réquisitionnent cette chèvre que je devais tuer et débiter afin de pouvoir en vendre la viande. Il y a bien le lait … Mais il n’est pas d’assez bon rapport ! » Répondit-il tout rouge de congestion.

 

Madjid, la quarantaine, les yeux verts pleins de calculs, avait hérité d’un tempérament sanguin sujet à des coups de colère qui lui faisaient monter le sang à la tête. Il ajouta de plus en plus emporté :

 

 « De toutes  les façons, leur mère ne les aurait jamais eues ! Pas de mon vivant ! »

 

Le groupement de personnes semblait troublé par ce qu’il venait d’entendre. Madjid surenchérit, en dépit de ces élucubrations choquantes :

 

« Naturellement elle est morte ! » assénât-il syllabe après syllabe.

 

A ces mots, les clients, ainsi qu’un nouvel arrivant, parurent consternés. L’individu qui semblait avoir le plus d’autorité de la bande daigna lui lancer :

 

« Je ne sais pas si votre épouse est décédée ou autre chose … Ce que nous voudrions savoir, c’est si vous accepteriez de nous confier l’éducation  de ces fillettes ? Nous sommes prêts à vous dédommager si vous nous laissez cette chance. »

 

 Madjid alla au fond de son magasin, et durant ce temps, le nouveau venu affranchi les tlemcenniens du sort de la mère des enfants.

 

Toutefois, revenu à son comptoir, le commerçant n’avait rien entendu sur ce qui s’était dit durant son départ.

 

 Son visage de boutiquier s’éclaira cupidement lorsque Nasser, car c’est ainsi que s’appelait l’homme, lui parla d’argent …

 

« Monsieur, si vous me laissiez vos coordonnées, je vous répondrais dans deux jours. »

 

Avec un soupçon de remords, Madjid surenchérit en regardant le groupe de travers :

 

« Mais tout d’abord, voulez-vous me dire ce que vous voulez faire de mes filles ? » Dit-il avec la méfiance qui le caractérise, la défiance des groupements de personnes.

 

A la suite de ça, Nasser dévoila l’affaire :

 

« Vous saviez que nous venons de Tlemcen ? Tous les habitants de Mascara nous regardant bizarrement lors de nos passages, nous devons être le sujet favori de toutes les conversations ! » Il reprit son souffle puis il ajouta :

 

« La dame que voilà …», dit-il en désignant la femme en question,

 

«… Ouaria, a récemment perdu son enfant et en est encore extrêmement affectée …  Un bambin n’en remplace pas un autre, mais ces petites filles, je vous promets que nous les accompagnerons dans leur existence de notre mieux possible … » Puis il reprit :

 

« Nous avons l’argent, et de l’affection nous en avons aussi. Nous avons de la place, une très grande maison  … »

 

La nommée Ouaria se signa devant Madjid de très belle façon, puis elle se mit en joli retrait avec le groupe féminin.

 

Le présumé chef du groupe reprit la conversation en disant très simplement :

 

«  Je vous promets que vos filles ne traîneront pas dans une cour livrées à une chèvre ou à un quelconque autre animal domestique !» ajouta-t-il à dessein de montrer combien il était choqué par ce qu’il avait vu et entendu. 

 

… Une fois qu’ils furent partis, Madjid repensa aux candidats à l’adoption de ses filles. Ils lui avaient demandé de leur donner ses enfants ?!

 

Il se mit à calculer. Il se dit, reprenant en main sa meilleure humeur, qu’au total, il connaissait parfaitement sa phobie envers les gamins, car il les jugeait bruyants et grouillants. Toujours entre les pattes pour faire d’innommables bêtises !

 

Quelle chance pour lui qui en avait quatre qui l’encombraient ! C’était la providence même. En plus, ils lui avaient même proposé de l’argent !

 

Madjid alla vers sa cour en jetant un regard froid où ses deux bébés jouaient avec la gentille chèvre Nedjma. Puis il sautilla de bonne humeur en se dirigeant vers son antre.

 

Dès le lendemain, Madjid, qui mit ses doutes et remords en quarantaine, envoya un petit garçon à leur hôtel afin de donner sa réponse aux riches voyageurs car sa décision était prise.

 

 A partir de ce moment tout alla très vite. Les fillettes furent embarquées avec leurs modestes affaires dans la jolie calèche des routards. Auparavant, Madjid se fit remettre une liasse de papier-monnaie et les coordonnées des estivants.

 

 Puis, il songea à Nedjma, la gracieuse chèvre contenant en elle tant de compréhension et de souffrance.

 

Débarrassé des petites, Madjid pouvait enfin l’assassiner, la débiter dans le but de vendre sa viande aux gourmets du quartier en tant que carne pour méchoui, chorba ou couscous.

 

En fait, il ne voulait plus à avoir à lui acheter la luzerne de plus en plus chère.

 

Pour la famille et les voisins, il dirait « qu’il n’est pas bon qu’un homme seul élève des filles » ou quelque chose de ce genre …

 

 

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1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 12:44

 

 

Puis, après des câlins d’au-revoir, tous se séparaient chacun de son côté, durant la journée entière chacun allant vaquer de sa coutumière façon …

 

Et pourtant, sous le régime d’exclusion, son ardeur et son dévouement étaient reconnus au travers de petites tapes dans le dos, façon compliments à un bourricot. On lui disait machinalement :

 

« Tu sais Ahmed, t’es pas comme les autres ! Tu travailles bien toi. Cependant, débrouilles-toi pour aller un peu plus vite. je ne te paye pas pour rien ! »

 

Néanmoins, bien que travaillant très durement, il n’avait réussi à offrir à son épouse et à ses quatre filles, ainsi qu’à son unique fils Nadim, qu’un train de vie plus que modeste dans la rudesse de la campagne mascarienne.

 

Lorsque sa progéniture femelle atteignait l’âge de onze ans, elle n’avait d’autres choix que de quitter le sécurisant logis paternel pour se marier.

 

Car pauvres et se protégeant les uns et les autres, l’âge, l’intimité et surtout le dénuement devaient fatalement s’achever par la dissociation hasardeuse de la famille.

 

En ces années mil-neuf-cent, mieux valait être un homme afin de pouvoir gagner sa  vie et sa liberté éventuelle.

 

Si Laïla avait été un mâle, elle aurait eu l’opportunité d’aider à maintenir l’équilibre misérable des siens en y rajoutant son obole afin de demeurer dans une liberté illusoire, avec d’avantage d’aise au logis familial.

 

A chacun de ses réveils, par peur du mariage qui se rapprochait irrémédiablement, Laïla disait à ses proches:

 

« Il n’y a pas d’amour sur terre ou si peu que je ne suis pas faite pour le mariage. »

 

Sa mère la dévisageait avec amour avant de lui répondre :

 

«  Tu sais tout comme moi, ma fille, que le salaire de ton père ne sera jamais au grand jamais suffisant pour assurer vos existences ! » Ainsi sa fille pleurait souvent par peur du mariage.

 

Dans une union honnête, elle aurait ainsi pu cultiver son amour-propre et sa curiosité. Mais non ! Son impécunieux sort fut scellé comme chez les milliards de pauvres livrés aux régimes féroces. Un destin sans pitié leur est promis : le chagrin foisonnant.

 

La grand-mère de Leïla fut ainsi livrée au mariage à l’âge de dix ans et demi. Elle ne savait pas ce que l’homme attendait d’elle, mais elle le comprit durant la nuit de noces.

 

 Elle n’était qu’une enfant et elle eut un bébé, un garçon, à l’âge de douze ans. Ensuite, son « époux » la répudia pour une obscure question de « différence dans la conception des choses » après douze années où elle fut une fidèle esclave aussi aimante qu’elle le pouvait ; et elle le pouvait.

 

Il est vrai qu’au début du siècle dernier, seuls les hommes avaient une idée « convenable », en tous cas conventionnelle des choses. Ce fut donc à eux que chacun se remettait forcément, puisqu’ils étaient le plus souvent les seuls juges comiques des cités.

 

Et la brute qui avait servi de mari à Laïla était allé en faire voir à une autre gamine qui n’avait pas eu encore d’enfant, car il préférait les corps non déformés par les grossesses ... 

 

Et avec ses copains, il se gaussait de la pauvre Laïla qui n’avait plus rien de désirable selon lui. :

 

 « Regardez, regardez la beauté passer ! » lançait-il en riant avec ses copains à son passage. Ensuite, il lui confisqua leur enfant, car il était un mâle ...

 

À partir du moment où elle fut répudiée, et bien que n’ayant plus d’enfant à charge, Laïla était devenue une fille à marier « le plus vite possible », car elle était redevenue la bouche de plus à nourrir !

 

 Toutefois, divorcée de son mari et âgée d’à peine vingt-six ans, elle subsista durant de longs mois chez ses parents à attendre angoissée ce moment fatidique. Elle occupait son temps à aider sa mère à valoriser le carré de terre défriché par sa famille en secret de l’occupant.

 

Lors des rares moments où elle le pouvait, et à l’abri des regards de commères et compères, Laïla essayait d’attirer l’attention de son fils en rôdant autour de la maison qu’elle habitait jadis. Son père l’ayant remonté contre sa mère, le gamin se sauvait dès qu’il l’apercevait, en lui disant :

 

«  Va te cacher la vieille ! Mon papa m’a tout dit sur toi et sur ce que tu as essayé de me faire … » Et à chaque fois, c’était comme s’il perçait son cœur d’une épée.

 

 Hélas souvent, elle le cherchait en vain ! Puis enfin un jour, durant un furtif instant magique, elle l’aperçut.

 

Son cœur de femme mariée enfant battit fort, tandis qu’elle était tiraillée par deux sentiments : la fierté d’avoir fait un si beau gaillard de sa chair,  et le tiraillement de ne même pas pouvoir lui parler ni pouvoir lui expliquer quoi que ce soit.

 

Puis un énorme sentiment de tristesse s’empara alors d’elle, car elle n’était pas au courant de la décision prise finalement par ses parents concernant son avenir …

 

C‘est surtout auprès de sa mère qu’elle faisait ses doléances en pleurant, et ceci pratiquement tous les jours :

 

« Maman, si tu savais combien Khalid m’a maltraitée … » Puis elle rajoutait, espérant une quelconque pitié :

 

« Et puis il a mon fils, et maintenant il m’insulte dans la rue lorsqu’il me voit ! Chère mère, de plus, je ne pourrais jamais oublier que je l’ai porté durant neuf mois dans mon ventre et nourri de ma substance !», ne cessait-elle pas de dire …

 

À chaque fois qu’elle en avait l’opportunité, elle cherchait des apitoiements en faisant savoir à tout le monde ce qu’on lui avait fait, comme pour se libérer de tout ce fardeau d’angoisse, de stress  et de malheur endurés.

 

 Outre à sa famille, à ses amis, elle se délivrait durant un instant de toutes ces mésaventures et de toutes ces  injustices tombées sur elle comme ça :

 

« …Que dieu maudisse la misère !» Murmurait-elle.

 

Et errant dans la ville en dehors de ses taches journalières, elle espérait une rencontre bienvenue, car heureuse. Puis Laïla vécut dans une violente et profonde appréhension durant des mois, épouvantée par la menace du mariage qui viendrait inexorablement …

 

Deux ans passèrent avant qu’un veuf nanti d’une échoppe d’alimentation ne se présente pour demander sa main. Il avait deux filles pubères proposées au mariage et devait être présent dans sa boutique à toutes les heures. Alors il n’aurait point le temps d’ennuyer beaucoup Laïla ! 

 

Elle aurait ses filles à surveiller, le magasin à entretenir, et leur linge. Bien sûr, la nuit, il lui faudrait s’amuser avec lui pour le détendre ... Il avait tout un programme sous sa djellaba et son bout-filtre pour accueillir Laïla. Un rôle de femme de chambre soumise et une épicière veillant sur ses filles.

 

Durant ce nouveau mariage, Laïla pleura plus souvent qu’elle ne profita de petits bonheurs puisés çà et là, dans ce gouffre de dénis mutuels qu’est le mariage imposé. Ils avaient pour seule valeur commune l’argent et la religion.

 

Aussi les discussions du nouveau couple étaient composées des sentiments, surtout de ceux des autres, et n’étaient qu’abstractions ou accessoires d’introduction à la « grâce divine ».

 

Cela était édifiant pour l’époque, car introduit depuis des misères réelles rendues factices pour effacer la pauvreté d’une telle association, pour continuer de figurer dans la farce d’une union arrangée.

 

Les filles de son nouvel époux s’avérèrent haïssable à l’égard de Laïla. Elles lui tendirent des tas de pièges tandis qu’elle, confiante et naïve, n’en voyait arriver aucun. Donc elle tombait facilement dedans ! Ses belles-filles s’exclamaient très souvent :

 

« Mais où a-t-il été chercher une dinde pareille. Elle croit tout ce qu’on lui dit CETTE CRUCHE Là ! »

 

 Elles ne lui laissaient aucun répit,  s’arrangeant pour transformer en enfer le quotidien de leur pauvre belle-mère.

 

Pourtant elles la voyaient travailler depuis le matin jusqu’à ce que l’obscurité  tombe sur la ville. Elle faisait à manger, briquait les meubles opulents, frottait le linge y compris leurs frusques, tenait la boutique quand Madjid le lui demandait ... Toujours accompagnée des voix stridentes et fines de ses belles-filles ...

 

« Qu’est ce qu’elle a fait de bon manger notre bonne hideuse aujourd’hui ? » disaient-elles, tout en dansant tout près afin de la faire trébucher.

 

Laïla n’avait qu’une petite chèvre esclave pour se confier, dès que le chagrin était trop fort à supporter, elle allait s’épancher auprès d’elle. 

 

Auprès de cet animal sacrifié au désir de la nature des hommes de les posséder, Laïla se laissait aller à de longs sanglots, en faisant des confidences. Elle en oubliait sa pudeur, à l’abri de l’ignorance ambiante, soulagée uniquement par la gracieuse chaleur du caprin.

 

 En dépit de tout, elle eut encore deux grands espoirs d’amitié dans sa vie, car elle eut deux filles. Une au bout de dix mois de mariage, nommée Khadija, puis un an après, elle mit au monde Badra, la mère de Leïla.

 

Peu à peu, son second époux la délaissa en la traitant de moins en moins bien. Laïla fut mise dehors par ses chipies de belles-filles qui ont senti pouvoir se le permettre.

 

Toutes deux n’étaient toujours pas mariées car trop laides. Son époux, loin de la défendre, répudia Laïla par méchanceté en rejetant son engagement moral fait devant l’imam. Par pure malveillance uniquement, il ne lui accorda pas la permission d’emmener ses enfants.

 

Un jour, son petit garçon Malik eut dix-sept ans. Cependant elle se demandait s’il voulait- encore d’elle, lui qui ne lui avait jamais porté une quelconque attention …

 

 Elle n’avait pu le revoir que durant quelques instants au recoin  d’une rue, mais seulement de loin, et trois ou quatre fois depuis tout ce temps où elle était recluse, esclave de son autre maître-mari …

 

 

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1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 12:42

 

Kad s’était affranchi de l’emploi, puisqu’il employait. Pourtant il pouvait perdre sa liberté en ne réglant pas ses échéances. Personne au monde ne l’avait dompté car il était un esprit maturé dans le désert et la liberté. La boisson était son refuge à la réalité où il retrouvait son amie fondamentale : la sécurité espérée, sans l’angoisse qu’elle engendre.

 

 L’insouciance acquise au travers de l’alcool le mettait dans un état ou seules les vapeurs de drogue peuvent hisser avec les effets secondaires de frustration, de colère et de rage trouble et morbide, quand ça ne plongeait pas dans le coma ou dans la mort.

 

L’enfer était chez lui, parce qu’en lui, ce coin ordonné où tous ses débiteurs l’étouffaient. Pour lui, dans ces moments-là, l’abîme, c’était également les siens !

 

 Ils étaient après tous des gens qui remuaient et qui faisaient du boucan, comme les autres. Tout comme ses odieux endettés qui focalisaient son esprit !

 

Angoissé, mais maitre de lui-même et presque insensible quand il était sobre, il devenait déchainé dans la destruction quand il buvait. Un mauvais père et un mari détestable dont on craignait qu’il ne passe à l’acte d’homicide évident dans ses yeux et ses grimaces.

 

Il ne lui servait à rien de réfléchir aux conséquences affectives de son comportement. En dépit de tout il était destructeur, quand il n’était pas résolu d’obéir absolument aux lois de l’argent … Il agissait en esprit libre. Dommage que personne ne l’ait raisonné et poussé à devenir un bon père et en bon mari.

 

Celui dont le clan aurait attendu de l’affection et de la protection, aurait dû emprunter le chemin de dignité et de compréhension attendu. Ses enfants le trouvaient méchant et toute sa famille le craignait. Chez lui la tendresse restait à inventer.

 

 Leïla se souvenait deux fois avoir reçu des barbe-à-papa de son père et de sa mère, mais des centaines de tapes sur la tête ou sur la face, et surtout sur le dos de sa part à elle, quand il n’était pas là ! … Comme si ils avaient devant eux le tambour vivant !

 

Quand son mari n’était pas là, Badra se laissait aller dans toutes ses colères. Elle pouvait être une vraie furie, une harpie, une mégère.

 

Et en plus, Ouariah, qui faisait en sorte que lorsque ce n’était pas le père, ce soit la mère qui frappe Leïla, à qui ils avaient ôté par naissance ? le droit à l’expression en ne la considérant seulement en tant que défouloir qu’ils pouvaient malmener à leur gré puisqu’aucun témoin ne voulait la sauver.

 

Rien n’arrivera jamais à faire comprendre aux victimes de maltraitance la raison du pourquoi ceux qui auraient pu faire quelque chose ne les avaient pas pris au sérieux, simples témoins passifs. Et pourquoi veiller sur la sœur sadique et lui donner le droit de frapper la plus petite ?

 

Était-ce pour cela que sa mère lui racontait qu’elle avait une tête de cheval, l’un des animaux les plus asservis sur Terre avec l’âne ?

 

Elle ne le comprenait pas autrement que parce que ses parents étaient dévoués à la réussite commerciale et à Ouariah, sa sœur ainée, comme à l’argent, à la cruauté, au pillage.

 

 Et surtout, c’était très dur de rester dans la maison de ses parents et de leurs lois. En dépit de son traitement, la martyre devait prier pour que soient exaucés tous les rêves de sa mère qu’elle aimait tant en dépit de toute autre considération.

 

Elle s’y noyait en rêves pour pouvoir continuer d’espérer en un bon traitement un jour ...

 

Toute la famille était à l’écoute d’une mystique sauvagerie culturelle et du moindre désir d’Ouariah. Ses parents avaient fait d’elle une privilégiée  au sein de la famille alors qu’elle était cruelle et laide. Ouariah avait été épanouie et avait grandi avec toutes les raisons d’être optimiste.

 

Quant à Leïla, quand elle était petite, elle ne comprenait pas ce qui se passait autour d’elle. Parfois, elle croyait les insultes, pensant d’elle-même qu’elle était hideuse et mauvaise.

 

Que ces mauvaises préhensions d’elle expliquaient cette cruauté qui l’encerclait !

 

Sa mère le lui avait dit maintes fois qu’elle était vilaine et hideuse, avant qu’elle n’ait quatre ou cinq ans. Heureusement que Leïla s’était révélée belle. Mais qui voulait en acquérir la conscience ? Alors que l’entourage lui miroitait le contraire …

 

 Sa génitrice avait même dénigré sa maternité en disant à sa fille qu’elle l’avait trouvée dans une poubelle au milieu des immondices « dont elle faisait partie ».

 

Sa détermination, comme lors de ses tentatives d’avortement, continuaient, comme si elle voulait enfoncer un poignard dans le cœur du fœtus dont elle ne voulait pas.

 

Leïla vivait comme rapportée dans une famille dotée d’une volonté absolue de l’exclure, d’où sa perception d’elle-même comme un déchet à mettre à la poubelle.

 

 Pendant longtemps, elle ne comprit rien au problème qu’elle avait au sein de sa famille, mais n’aimait radicalement pas sa vie.

 

Chaque journée elle se disait :

 

« Il faut s’accrocher ! ».

 

Elle disait couramment à sa mère :

 

« Envoie-moi à l’orphelinat s’il te plait. Ainsi tu ne m’auras plus en face de toi ! ».

 

Leïla avait seulement ces mots pour espérer dans des lendemains fabuleux où tous les autres la laisseraient au moins paisible.

 

Les voisins ? Ils étaient contents quand ils voyaient Leïla avec des cocards puisque parmi eux, certains frappaient également leurs enfants, et elle-même frappait les-leurs.

 

 … Les institutrices ? Elles-mêmes avaient le droit de frapper les gamines ! Leïla était cernée par la violence des verbes et par les coups !

 

Pourtant, il lui fallait vitalement découvrir ce qui nourrissait ce destin familial et comprendre cette place qu’on voulait lui faire tenir …

 

Ce fut sans doute pour cela qu’elle n’avait pas franchi le seuil de l’assistance publique, PAS DU TOUT par esprit d’humanité. Dans sa famille, il n’était pas question de ça !

 

 Le clan gardait leur martyre uniquement  par le fait que les bourreaux tiennent à leurs victimes pour justifier leur supériorité.

 

Bien plus tard Leïla s’aperçut de la neutralité de son plus petit frère  Din et Raya, car n’ayant jamais participé aux lynchages dont leur sœur fut victime.

 

Leïla se sentait immergée dans une famille de personnes stupides additionnée de salauds qui la vomissait à tel point qu’ils n’avaient jamais songé à la connaitre.

 

Mais jusqu’à la mort de son père, Leila ne lui avait jamais rien reproché : c’était inutile, et elle s’était sortie de l’emprise de cette famille là. Il y avait veillé …

 

Ne sachant ni lire ni écrire, Kad surveillait les progrès de ses enfants aux pâtés d’encre sur leurs cahiers, au moindre indice de marque rouge sur la marge, et les corrigeait en fonction de ça. Tout en leur disant :

 

«  Vous n’avez pas honte qu’on vous note comme cela ? On ne croirait jamais que vous allez à l’école ! »

 

Et il foutait une beigne en plein visage ! Et gare à celui qui osait lui répondre…

 

Leïla pensait souvent en elle-même :

 

« …Et même si dans les familles c’était souvent comme ça à l’époque, les hommes restaient abusifs pour des motifs injustes, pensant travailler plus dur pour les leurs. C’était pas équitable du tout » Puis elle continuait de réfléchir :

 

« Ce n’est pas parce que leur labeur rapporte de l’argent, qu’il ne faut pas concevoir que leur entourage aussi travaille au confort de tous ! Ils ne pensent même pas à l’entretien de la demeure en assumant chacun son rôle ! » Puis elle continua son observation :

 

«  Et l’argent, tel un serpent issu du poison des machinations, s’insinuait de partout dans les schémas des êtres de tous milieux, conditionnés à l’assujettissement ambiant … » Puis elle continua de vaquer à ce qu’elle faisait …

 

Malgré son enfance abjecte, Leila pleure encore la mort de ses parents. Elle attendit toute leur vie une excuse qui ne vint jamais. Mais elle restait convaincue qu’avec un autre destin, sa mère n’aurait pas été aussi mauvaise avec elle. Il devait exister un monde de justice où elle n’aurait pas autant souffert.

 

Même si sa mère semblait vouloir l’enterrer vivante avec sa haine ordinaire dirigée contre elle, il devait y avoir une raison occulte à son traitement. Son rejet avait débuté alors qu’elle était seulement un petit fœtus ...

 

 … Combien de fois Badra avait-elle frappé son ventre ou pris des substances abortives pour se débarrasser de l’intrus en elle ?

 

D’ailleurs à sa naissance, ne l’avait-elle pas appelée presque comme sa mère génitrice qu’elle détestait, Laïla !

 

Tout ceci en élevant la nouvelle née face contre Terre pour lui faire payer de s’être permis son incrustation en son être.

 

Et nul acharnement d’agressivité ne lui semblait suffisant. Leïla semblait être née pour permettre à Badra de se libérer de la colère qu’elle nourrissait contre son propre destin.

 

Sa mère, Laïla, était née dans une famille de paysans de la contrée de Mascara.

 

Son père faisait vivre sa petite famille très modestement, même s’il se levait à l’aurore et ne terminait son dur travail d’ouvrier agricole chez une famille d’occupants, que très tard le soir. Chaque matin, avant de partir travailler, ce père aimant faisait des recommandations bienveillantes à son clan en disant :

 

« Dieu est grand, Allah nous voit comment nous travaillons pour aussi peu d’argent ! Vous qui êtes mes amours à moi, priez donc avec moi pour des lendemains meilleures ! » Et invariablement, il recevait la même réponse de ses proches qui l’aimaient tant :

 

« Papa, que le seigneur veille sur toi, nous qui sommes tes ombres ! » Quant à son épouse elle disait invariablement :

 

« Toi que j’ai découvert la nuit de mes noces, tu peux compter toujours sur mon dévouement et appui ! Tu peux compter sur moi pour te seconder durant ton absence... »

 

 

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1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 12:37

 

 

 

Un beau jour, en allant comme à son habitude vérifier si elle avait une réponse, son interlocuteur habituel du chantier portait cette fois-là des lunettes sombres pour dissimuler son regard surtout aux hommes à la peine qu’il commandait. Il lui dit :

 

« Tu peux prendre le chien, son maître est d’accord ! De toute façon, il a trouvé qu’il serait étonnant que ce cabot devienne un bon chien de garde. Son propriétaire est venu le voir un soir et il a été déçu par son comportement. Au lieu d’aboyer cet abruti  avait les yeux tristes ! » Dit-il en riant.

 

À chaque fois qu’une bonne nouvelle lui était annoncée ou qu’une bonne chose lui arrivait, Leila avait un sentiment de renouveau. Ça semblait gommer en partie ses dures coutumes existentielles. La vision des choses qui l’entouraient en était modifiée. Les couleurs du paysage devenaient plus soutenues, plus intenses, plus vivantes dans une sorte de fusion universelle. De l’ivresse saine et naturelle … Tout avait un contour mieux défini tellement la joie l’avait saisie !

 

Dick se révéla affectueux et intelligent. En grandissant, ses qualités s’épanouissaient. Un jour, une bande d’enfants de colons armés de bâtons poursuivirent Mô, le jeune frère de Leïla, sans aucun autre prétexte que l’embêter. Mô était essoufflé mais trouvait des ailes pour échapper à la menace. Il courait en appelant à l’aide. Dick l’avait entendu !

 

Il descendit les deux étages qui le séparaient de la rue en un clin d’œil. Très vite, il dépassa Mô et mit en fuite les agresseurs en leur arrachant leurs bâtons un à un, méthodiquement, sans leur faire de mal. Après cela, les parents des enfants se plaignirent à l’administration en affirmant qu’il avait mordu un des bambins. Ce mensonge eut pour conséquence la contrainte de l’éloignement de Dick.

 

Pour se venger du pauvre chien, les parents des enfants agressifs portèrent plainte au commissariat de police.

 

Les flics dépêchèrent une unité qui emporta le pauvre Dick chez un éleveur de moutons et Leïla n’eut plus de nouvelle de son merveilleux chien.

 

 

 

Leïla en fut mortifiée. Chaque jour elle errait dans la ville comme un fantôme, le cœur brisé, pour quêter des nouvelles de son chien. Elle espérait en avoir un jour. Elle n’a jamais pu oublier ce cadeau du ciel qui la consolait des coups sans pitié qu’elle recevait chaque jour.

 

 Ce fut une douce période, celle du bonheur de partager la vie avec ce chien si aimant. Il marqua profondément la mémoire de Leïla avec l’empreinte de ce qu’il fut, en plus de son intelligence, sa bonté et son discernement.

 

Kad était un fervent client des corridas, et il y en avait souvent dans l’Oran d’antan. Après, dans les boucheries, on trouvait de la viande « de bœuf » dure, provenant d’animaux très musclés. Durant la piètre période où avaient lieu des exécutions capitales, jamais il n’en ratait une. En tant qu’ancien boxeur, quand il voyait couler du sang, il frémissait d’excitation pour l’empreinte de ce qu’il estimait être le pouvoir.

 

 Si le goût pour le sang et la viande n’étaient pas si répandu, y aurait-il des pouvoirs impitoyables tels que nous les connaissons ?

 

Un jour, Kad avait utilisé une hache contre la mère de Leïla. À l’âge de dix ans, elle dût courir dans une simple combinaison essoufflée, effrayée, pour chercher de l’aide au commissariat, désespérée. car malgré les coups, Leïla corrigeait la réalité vers une harmonie rêvée. La police coloniale que la gamine avait finie par stimuler après de multiples prières pour que l’on sauve sa mère, avait embarqué le forcené.

 

 Il passa une nuit à l’ombre d’une cellule à l’instar de quantité de pauvres hères, ce qui lui permit de réaliser qu’il n’était pas le surhomme que suggère l’alcool.  Le lendemain, il fut relâché. Mais un membre de sa famille, menacé par l’alcoolique en plein délire qu’il avait été, l’avait dénoncé à l’administration. Kad resta secrètement bien redevable à sa fille, qui l’avait préservé de commettre l’acte immonde de l’assassinat d’une femme et d’une mère. Alors, souvent, Leila se rêvait traversant les mers et océans en quête d’un coin de paradis où elle aurait construit une cabane avec les matériaux qui lui seraient tombés sous la main.

 

Elle aurait pêché, aurait ramassé du bois pour se chauffer les os et éloigner les bêtes carnivores. Elle aurait réinventé à son tour l’art de l’agriculture, ainsi elle aurait enfin goûté à la paix. Elle aurait eu accès à sa terre à elle et aurait laissé tout prêt pour ses enfants  … La propriété, trop grossière et fermée, n’entrait pas dans ses rêves de lumière. Aussi, il n’y aurait eu aucune barrière.

 

Dans son clan, Kad passait pour un homme remarquable parce que sans avoir appris à lire ni à écrire, il avait toujours visé à faire mieux que survivre : à abriter sa famille au soleil. D’abord il avait appris à réparer des radios trouvées dans la rue, au hasard des poubelles, tout en s’assurant un complément de revenus en tant que boxeur et ouvrier. Il passa ensuite à ce qui était appelé alors « tourne-disques » et qui se remontait à la manivelle tout en continuant d’assumer son poste journalier de plâtrier, pour le nécessaire de s’abriter et à manger.

 

 Puis il s’enquit d’une boutique qui s’ouvrait sur la rue Clauzel, une ruelle très passante fréquentée par les prostituées travaillant entre les bordels et les magasins de nouveautés pour le plaisir sur commande. En fait, c’était une voie réputée pour la  satisfaction du plaisir. C’était l’endroit propice pour accueillir son magasin d’électroménager. Il vendit les bijoux qui provenaient de la dot de sa femme et put reprendre un comptoir au numéro onze. Il proposait tout ce qui  avait un rapport avec l’électricité.

 

Ainsi, il avait offert à sa famille des moyens sociaux à une époque où la plupart des « franco-musulmans » ne savaient ni lire ni écrire. Parce qu’il n’y avait pas d’école dans les ghettos réservés aux autochtones, on garantissait des bras de manœuvres pour soulever avec humilité, pour construire à pas cher, ce qui était vendu ou loué très, très cher. Peu importait pour lui : il s’en était sorti en se passant de l’instruction occidentale. Il avait une cervelle d’excellente qualité capable de lui servir à s’en sortir allègrement, et il l’avait fait.  Grâce à sa personnalité, il avait réussi à mener une existence libre, acquise sur le tas populaire.

 

 Dans les années mil-neuf-cent quarante, il fit habiter sa tribu dans le quartier européen le plus prisé, celui de Saint-pierre, afin que ses enfants aient accès aux écoles et aient une chance de ne pas être perdant dans la vie. Doué de ses mains, il apprit tout seul à réparer tout ce qui avait un rapport avec le fonctionnement électrique.

 

Son moteur était-il de l’amour familial, ou était-ce ou dans le but de tenir le rôle d’un homme dans une famille et assumer au mieux ? Dans son cas, à cette époque, c’était ces deux fonctions qu’il voulait assurer au mieux.

 

 Kad avait monté un commerce qui marchait bien, après avoir affronté la mort en face à quatorze ans lors de sa traversée du Sahara à pieds de Timimoune jusqu’à Oran. Il jugeait avec raison avoir de meilleures opportunités de prospérité en allant s’installer dans une grande ville, défiant l’inconnu et la soif, seul avec ses gourdes. Il avait eu le courage de mener aux mieux ses convictions.

 

 Puis il fonda le folklore saharien à Oran sans aucune difficulté. Ses bonnes idées, par leurs qualités, étaient les meilleures  entendues par les gérants.

 

Ainsi, il était devenu un des dignitaires sahariens auquel on se référait parce qu’il avait de la fierté et de la sagesse commerciale de combattant fort et avisé. Il posait aux côtés des présidents de la république dans les photos de propagande, illustrant sa notoriété.

 

Mais peu démonstratif, il n’avait pris qu’une fois Leila sur ses épaules pour lui montrer un défilé militaire de quatorze juillet, tandis que les kamikazes se dirigeaient vers le monument aux morts ...

 

Pour tenter d’appréhender ce père, il fallait pénétrer son époque et se situer dans son environnement, ceci afin de sentir les énergies déployées par  cet homme brillant.

 

Puis lorsque l’accoutumance à l’alcool pénétra sa vie, il devint violent.

 

Ce fut son obligation de faire crédit aux miséreux qui rêvaient d’accéder aux nouveautés qu’il vendait et dont eux rêvaient. Il était obligé de le faire à cause de la concurrence. Ils représentaient une grande portion de sa clientèle, dépourvue de solvabilité, mettant Kad dans la mouise vis-à-vis de ses fournisseurs.

 

Ces clients savaient habilement le convaincre de leur solvabilité. Ainsi, son manque de vigilance provoquait son endettement, l’expédiant vers l’alcool son amie, pour tenter d’oublier et d’y noyer ses ennuis...

 

Il courait si infructueusement après ses débiteurs alors qu’il devait payer ses factures de par le monde, à tel point qu’il en éprouvait des rages sourdes.

 

L’angoisse due au pari de maîtriser toutes ses contingences agissant sur sa nature inquiète, la panique de ne pas pouvoir faire face pour payer ses employés, d’abandonner leurs familles ainsi que la sienne, révélait ses démons en lui, le menant à battre sa femme pour un oui ou un non, une tâche, un geste, un doute, semant la panique comme une flèche brûlante,  tirée tout droit dans le cœur même de ses enfants ! Les brisant à vie par ce genre de souvenir d’enfance …

 

Son courage était donc fondé sur l’angoisse profonde de vivre un peu mieux que l’esclave qu’il était destiné à être au départ de sa vie, sa fierté étant la plupart du temps préservée.

 

Cependant, il restait à la merci de ses agissements violents lorsqu’il avait bu, lui faisant commettre des actions infâmes qu’il regrettait lorsqu’il était sobre. Mais c’était trop tard ; le mal était fait !

 

C’est sans doute cela qui l’a mené à choisir sa femme jeune, afin de continuer de grandir ensembles et devenir un seul esprit clair et lumineux.

 

 Et il a raté ce but pourtant facile ; ce qu’il avait fait était fait. C’était trop tard pour les explications et les regrets. De plus, d’enseigner à Badra les rudiments d’amour nécessaire à leur couple était perdu.

 

Et étant le premier, sa partenaire des jeux d’amour ne pouvait faire aucune comparaison possible avec d’autres. Il l’avait chargée de l’accepter totalement sans  pouvoir le tirer de sa tête, puisqu’il serait le seul dans ses rêves.

 

 

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1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 12:33

 

Le père de Leïla eut du mal à garder son sérieux. Mais sa volonté demeurait dans le fait de s’éviter des histoires rétrogradantes, dignes de l’enfance, et selon lui menant aux spectacles non rémunérés. Placidement, il dit :

 

« Si tu m’expliquais plutôt la raison de ton humeur détestable, plutôt que de nous battre ? Tu sais, j’essaie de faire comme toi, juste de gagner ma vie honnêtement, tout comme toi ! Ne donnons pas de spectacle dont nous laisserions des traces ... Je ne sais pas moi ! Trouves toi le courage de m’expliquer  toute cette animosité qui t’habite et dans laquelle tu te complais ! ».

 

De plus en plus rouge, proche de la congestion, Kader dit avec des trépignements d’impatience :

« Tu ne comprends pas les hommes de valeur comme moi ! Tu es bien la chiffe molle que j’ai toujours méprisé, et j’avais bien raison ! Regarde-toi, tu te dégonfles comme le ballon plein d’air que tu es ! Espèce de poltron ! »

 

« Moi je n’ai absolument rien à me reprocher ni à t’expliquer quoi que ce soit. Vois comme tu te désenfles ! Tu n’es qu’un pourri.  En te marrant bien, tu as eu la volonté de me ridiculiser ! Demain, nous verrons bien de qui tout le quartier se moquera ! »

 

 Kad écoutait d’une oreille attentive, et Kader reprit :

 

«  Exactement à mi-chemin entre ton magasin et le mien, nous nous battrons. Toi contre moi, et nos deux chiens entre eux, et tu verras de quoi mon animal est capable !… » Le père de Leïla accueillit ces derniers mots avec mépris.

 

«  Si tu ne viens pas, tu passeras pour un lâche devant tout le quartier, et cela ne m’empêchera pas de venir ensuite te châtier dans ton propre magasin ! Et tu verras de quel bois je me chauffe ! » Conclut l’homme à la bouche pavée de dorure.

 

Il avait à ce moment les yeux grands ouverts et injectés de sang. Ils étaient écarquillés de colère. Il vint invectiver Kad tout près, de façon à lui faire sentir son haleine parfumée au tabac à chiquer et d’effluves de café froid. Le paternel de Leïla s’en écarta en le dardant du  regard et lui dit :

 

« A demain alors, puisque tu ne veux rien savoir ! »

 

Le lendemain matin, après une nuit fraîche, le ciel dégagé de nuages laissait le soleil percer à l’horizon sans obstacle. Mais à cette heure de l’aube, les rues de la ville restaient encore humides et froides. Kader et son chien arrivèrent assortis d’une écharpe de même couleur. Ils descendirent vers le magasin de l’ennemi déclaré.

 

Il y avait le père de Leïla menant Dick, remontant la même voie. Il n’avait pas d’autre choix devant l’homme en colère qui avait raconté partout être capable de le faire fléchir à coups de poings.

 

Les deux hommes étaient décidés à se battre, tous deux pour ne pas être ridiculisés, ne pas être vaincus, sauver leur amour-propre, leur  revêtement primordial.

 

Le respect de soi est la seule chose possédée par le vivant pouvant lui perdurer. C’est la raison pour laquelle il faut toujours le préserver pour ne point l’oublier quelque part et en être blessé à vie.

 

La rue où étaient érigés les magasins n’est pas large, sans pourtant être étroite. Elle pouvait contenir deux sens de circulation si l’on ne se garait que d’un seul côté. Cela dit les trottoirs étaient un peu ténus pour la bonne circulation des piétons.

 

Les deux hommes se rapprochaient ... Distants de trente mètres, ils ne l’étaient plus que de vingt l’instant d’après, dans une ostentation de détermination implacable. Les chiens tiraient chacun sur sa laisse en grognant, suivant les intentions ressenties de leurs maîtres.

 

Ils faisaient écho à l’animosité qui habitait les hommes dont ils étaient les compagnons. Leurs gueules étaient menaçantes, toutes deux exactement de la même façon. Ils marchaient d’un pas lourd, massifs, la tête basse, remuant au rythme de leurs pas.

 

 Les deux hommes, le menton haut, le regard fixe, ne quittaient pas des yeux le chien adversaire. À partir de là, subitement, le cerbère à la dent en or commença subitement à secouer la tête, après avoir plissé ses yeux, qui se firent soudain fuyants. Puis il se mit à couiner. Son pas devenait de plus en plus hésitant, tandis que Dick continuait à avancer d’un pas sûr. Il était le chef de meute qui voulait protéger son ami, et l’autre n’était qu’un pauvre chien de prétentieux ayant atteint la mesure de son courage, refusant de se sacrifier bêtement …

 

D’un seul regard profond, pénétrant, prolongé, les deux animaux s’étaient jaugés et s’étaient départagés sans bataille. Celui à la gueule couronnée d’or commença à reculer, tandis que Kader, responsable de ce combat de corps et d’esprits, devint blême.

 

Tous les spectateurs du duel furent possédés de fous rires ininterrompus dans une cruelle cacophonie générale. Ce fut l’apothéose de la scène. Il n’était plus question pour Kader à la gueule d’or de se battre. C’était devenu pour lui le moment d’aller se coucher, se cacher, pleurer, rentrer dans les jupes de sa mère …

 

Humilié, Kader lâcha avec une voix un brin lyrique,  désemparé :

 

« Pourquoi vous moquez-vous de mon chien ? Bande de galeux ! … Misérables ! »

 

La foule arrêta de rire pour se faire menaçante. Il y eut un brouhaha d’insultes en réponse aux siennes. Il couvait dans l’air une menace imminente de bagarre. Convaincue de la faiblesse et particulièrement de la vanité du pauvre Kader, la foule suggéra bientôt le lynchage.

 

Le père de Leila ne voulait cependant pas de l’humiliation de Kader. Il dit :

 

« Mes amis, cet homme est fatigué et ne veut pas sérieusement nous insulter. Laissez-le rentrer chez lui afin qu’il puisse se ressourcer ! »

 

Kader « la gueule en or » ne regarda plus son adversaire ni la multitude de têtes moustachues, comme la sienne, mais à l’air ironisant à son égard. Il tira sur la laisse de son chien apeuré, qu’il consola d’une légère caresse, et rentra chez lui d’un pas humble. La foule, radoucie, voyant en lui le piteux humilié, s’écarta de lui à son passage.

 

Que de fois ses parents racontèrent à leurs enfants les aventures de Dick premier le magnifique ! Le plus étrange dans cette histoire était de savoir que ses anciens « propriétaires », cette famille de général de l’armée des occupants, s’était débarrassée d’un chien si génial !

 

 Puis, un jour, Dick revint des courses malade et mourut sans pouvoir être aidé par quiconque. Une personne du voisinage restée anonyme lui avait fait manger quelque chose contenant du poison ! Un sadique innommable …

 

Néanmoins, le chien attendu par la fillette tardait tant à trouver sa place à ses côtés. C’était décidé. Pour tous les membres du foyer il s’appellerait Dick deuxième, afin de rappeler par son nom l’illustre disparu qui avait marqué tous ceux qui l’ont connu. Loyal, noble, fier et honorant les personnes qui l’aimèrent.

 

Comme la présence du Dick vivant devenait nécessaire à Leïla ! À aucun moment elle ne cessait de penser à son nouvel ami. Sa robe fauve et grise, son petit corps maigre, et surtout ses grands et bons yeux si tristes qui allaient retrouver la chaleur, la joie et la santé par l’amour d’un autre être, de son vivant.

 

C’était sûr, la fillette était déterminée à tout faire pour qu’il soit considéré et aimé ... Elle allait le voir très souvent, et l’entrainait à répondre au nom choisi par la  famille.

 

Leurs relations évoluèrent à un tel point que lorsqu’il la voyait de loin, il la reconnaissait et se juchait alors sur ses pattes arrière … Mais ses aboiements ressemblaient à des plaintes !

 

Durant un mois entier, Leïla ne cessa d’aller voir son ami Dick. Cela la rassurait de le voir dans la niche improvisée qu’elle avait garni de linge chaud inutilisé. Elle la lui avait apportée avec l’aide de ses meilleures amies qui trouvait cette idée géniale de mettre au chaud un pauvre être soumis aux intempéries.

 

C’était une grande caisse aménagée par des voisins pour abriter un animal qui,  après sa mort, avait trainée, abandonnée dans le coin d’une cour. On la lui avait donnée avec plaisir car ses propriétaires en étaient encombrés. Ainsi donc, ce cœur fidèle et aimant n’aurait plus la destinée d’être utilisé pour garder leurs précieux blocs de ciment. Attaché sa vie durant, blessé sans pitié à la tache par une corde ou une chaine …

 

C’est le comportement cynique dévolu aux hommes d’habituellement et couramment attacher les chiens pour les entraver afin de se sentir face à eux, réellement les maîtres ! Comme le veut l’usage.

 

Tous les êtres vivants sont pris, et utilisés avec la brutalité des individus  sans conscience. Sans culpabilité, ils se créent, selon leur caste, le nom remarquable d’humain en n’accordant aucune considération pour ce qui est éphémère comme eux.

 

Ils sont aptes à  retirer la vie pour s’en repaitre sans état d’âme ! De même, si la vie est quêtée pour un autre usage et ne convient pas à l’attente, ils s’en débarrassent. Ou si la vie convient, ils s’arrangent avant tout pour qu’elle serve leur confort, sans tenir aucunement  compte de la pluralité harmonieuse des espèces terrestres.

 

Les hommes pseudo-civilisés n’ont, par éducation, aucune considération envers le vivant. Ils ont affiné la façon de s’en servir. Pour voir encore le respect, faudrait aller chez les pseudos sauvages chez qui tous sont à l’abri de la misère et ne meurent pas de faim ! Chez eux,  la planète ne se marchande pas, et ils ne savent pas ce que c’est que jeter.

 

Leila chassa de sa pensée le comportement si déplorable et tellement fréquent de ses contemporains, et pensa à Dick. Elle l’imaginait déjà jouer avec elle, se préoccuper d’elle, couché auprès d’elle. Elle le rêvait car elle avait besoin d’être consolée de sa triste vie. Elle avait besoin d’affection et en avait des tonnes à distribuer …

 

Serait-il libre d’aimer et d’être aimé un jour en toute liberté faisant fi à son esclavage comploté ?

 

Le cœur de la fillette se serrait à l’idée d’une telle opportunité pour le chiot menacé du destin de ne rien comprendre de cohérent et ne savoir que souffrir. Sans elle, il aurait froid ou trop chaud sans pouvoir bouger en toute liberté. Il ne saurait que mordre et aboyer durant toute son existence …

 

 

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4 juin 2008 3 04 /06 /juin /2008 10:30

 

 

Ces pauvres gens exécutaient, œuvraient le plus rapidement possible, dressés à ne jamais lever la tête pour ne pas attirer les suspicions d’une quelconque fainéantise. Leïla pensa au fond d’elle-même :

 

« Un gros avion aurait pu leur tomber dessus qu’ils ne s’en seraient même pas aperçu ! » Puis elle s’en alla tristement.

 

Dégoutée par sa déception et par ce qu’elle avait vu, la fillette prit alors le chemin de son inhospitalier domicile.

 

La fillette avait demandé humblement à ses parents l’autorisation de garder un chien, et elle indiqua où il se trouvait. Elle expliqua  aussi justement qu’elle le pouvait, dans quelles conditions il subsistait.

 

En dépit de son rejet familial avant même sa naissance, tout le monde fut touché par l’animal tel qu’elle le leur avait décrit. Cette idée, même si elle venait de Leïla, plu à l’intégralité. Avoir  un nouveau chien les accommodait tous.

 

Pour la plupart d’entre eux « chien » voulait dire ami fidèle. Depuis ce moment, tout le foyer attendit l’arrivée du nouvel allié avec la même impatience qu’elle. A son retour de courses, car c’était la tache dont Leïla était toujours chargée, Badra ne fut pas étonnée de la voir arriver sans l’animal. Et saisissant l’opportunité, Ouariah et Mô se moquèrent d’elle : 

 

«Tu l’as vu cette folle, elle revient toute seule, toujours aussi indésirable ! Entendez-vous le prétendu chien ?

 

« Ouah, ouah ! Il aboie fort, mais il est invisible ! » Surenchérit Mô, ironiquement  railleur.

 

Ouariah saisi l’opportunité pour enfoncer le clou dans l’esprit de sa cadette, pourtant visiblement déçue dans sa démarche. Elle était habituée à ce que chacun y mette du sien pour lui démontrer à quel point elle était malvenue. Ouariah surenchérit, cruelle comme ses mœurs l’étaient :

 

« C’est parce qu’il préfère ne pas la voir ! Elle est tellement laide qu’il a eu peur, et à un tel point qu’il s’en est rendu invisible. »

 

« Non comme à chaque fois tu te trompes, il est devenu invisible devant la porte d’entrée soupçonnant mon quotidien ! Il a eu de peur de découvrir les méchants avec lesquels il devra composer. Le pauvre cherche encore à pouvoir se multiplier pour trouver la faculté de résister aux assauts de malveillance se trouvant là où il devra désormais vivre. »

 

 Tous la regardèrent avec le dédain habituel, surpris cependant de la voir revêtue d’audace. Car dans son monde cruel, elle redressait toujours la situation au moins dans sa tête. Leïla trouva le courage de rajouter :

 

« Vous savez quoi vous autres ? Le pauvre petit être a pu libérer une de ses copies déléguée dans le but de vous observer et de lui faire un rapport sur ses futures siens avec lesquels il devra transiger.

 

Dick devra ensuite juger si nous lui convenons comme foyer ! » Dit-elle, triomphalement.

 

Puis, durant les longs jours d’attente, dans l’angoisse des agressions en tous les instants, Leïla n’était tranquille qu’au dehors, lorsque sa mère la chargeait de faire les courses. Elle en revenait encore plus chargée qu’un âne, avec des couffins pleins tenus dans chacune de ses mains, et le surplus au-dessus de sa tête pour trouver la place nécessaire pour les fruits, les légumes, la viande, et toute la liste faite oralement.

 

 Leïla en avait des fourmillements dans les bras et dans les jambes de marcher autant ainsi lestée.

 

En plus, elle était chargée de porter à son père son repas de midi, ce qui la faisait arriver en retard à l’école et gronder par la directrice de l’école, souvent postée devant la porte. Puis ensuite venait le tour de l’institutrice.

 

Nommer le chiot ne fut pas difficile. Tout le monde avait opté pour Dick. Kad leur avait conté les aventures du chien dressé nommé ainsi. Cet ancien compagnon fut bien avant la naissance de la fillette, un héro pour la famille.

 

C’est par ses prouesses sans cesse contées qu’il était devenu inoubliable. Il faisait les courses, ramenait la monnaie, allait avec sa gamelle au restaurant chercher des restes pour se nourrir. Il s’était même illustré glorieusement avec Kad lors d’une bagarre entre commerçants …

 

Dans la rue où se situait le magasin de Kad, se trouvait une autre boutique  appartenant à un autre Kad. De par sa couleur de bois plus soutenue et la gravité de ses expressions et de son corps, le père de Leïla semblait différent de l’autre, plus consistant.

 

Les deux Kad tenaient le même genre de commerce et se livraient concurrence. Par leurs différences, les deux hommes avaient depuis longtemps divisé la clientèle du quartier de la ville nouvelle qui les abritait. La boutique du deuxième Kad, Kader pour le distinguer, était située à gauche plus haut dans la rue.

 

Kader aimait beaucoup son chien. Aussi lorsqu’il eut une carie, il lui paya une couronne en or. Seulement ça ne plaisait pas que quelqu’un ose étaler son amour et richesse pour son chien quand des hommes vivaient si mal.

 

 Certains s’en trouvaient offusqués et confusément encore plus insultés lorsqu’ils étaient dégoutés par de pareils spectacles !

 

 Affiché sous leurs yeux envieux de tels scènes … A croire qu’ils pensaient être traités moins bien que des chiens et en voulaient à ces derniers pour cette injuste raison.

 

Lorsqu’un quidam déplaisait à Kader, il stimulait son animal pour qu’il lui aboie après. Et il emmenait son molosse partout avec lui en l’estimant être le meilleur copain de sa vie ! A la plage, aux mariages, à toutes ses escapades, c’était son complice préféré.

 

Une certaine journée dans le magasin du père de Leila, un groupe de clients discuta de Kader et de son compagnon. Un de ces hommes les avait vus au bord d’un rivage de mer réservé aux humains, ce qui lui paraissait indigne. Il ignorait pour quelle raison personne n’osait le lui faire remarquer. Il s’oubliait lui, le témoin de ce spectacle.  En dépit de cela, il rajouta :

 

«  Vous auriez dû le voir, ce ridicule crétin. Il était d’un absurde que vous ne pourriez-vous imaginer ! Ah, ah, ha ha ! » Et tous les autres clients reprirent avec lui, du même rire …

 

De plus, cet homme affirmait avoir vu l’humanoïde infâme avec un maillot assorti au foulard porté autour du cou de son chien, comme le font les mortels pour leur compagnon préféré …

 

Il n’en fallut pas plus pour répandre encore davantage le fou rire dans tout le magasin aux dépens de l’incriminé. Kad ne pouvait s’éviter cette discussion.

 

Kader eut vent de cet après-midi de rigolade à ses frais et alla exiger des explications ainsi que des excuses auprès du père de Leïla. Ce dernier s’esclaffa et dit à son visiteur :

 

«  Ne trouves-tu pas que tu ne manques pas de toupet en venant là chez moi des explications ? » Kader resta placidement lui, certain de ses droits, et dit :

 

« Non, mais pour qui donc te prends-tu ? Ne fais donc pas semblant d’ignorer ce dont je parle ! » Kad continuait de le regarder innocemment, mais cependant, il répondit :

 

« Pourquoi tu ne vas pas plutôt te faire mettre davantage de couronnes d’or, au lieu  d’attendre après mes  excuses pour des raisons aussi futiles ! ». Puis il rajouta :

 

« Tu sais, je ne rigole pas. Ainsi tu pourrais ressembler davantage à ton copain  favori le cerbère ! »

Kader, grand moustachu en colère rajusta son bout filtre sur sa tête et dit rouge de colère :

 

« Alors, là  tu vas trop loin, espèce d’abruti ! Un homme comme toi ! Un qui ne sait même pas tenir son commerce ! Et tu oses te permettre de me juger ? Et surtout, tu es un salaud  qui ne craint  pas de croire résoudre mes problèmes à ma place ! »

 

Kad éclata de rire en voyant celui qui venait chez lui lui clamer aussi fort qu’il ne savait pas tenir son commerce, alors qu’il avait beaucoup plus de clients que lui !

 

 Ça le faisait marrer ouvertement. De plus, en le voyant aussi rouge, il se souvenait de ce qu’avait dit de lui le client, et ne voyait rien en lui qui mérite des excuses !

 

Cependant il se reprit vite et dit calmement :

 

« Tu t’es entendu ? Tu viens dans mon magasin me demander des excuses pour des faits dont je ne suis aucunement responsable.  En plus tu oses m’insulter, là, chez moi entre mes quatre murs ! Tu n’es qu’un crétin sans aucun savoir vivre ! Tiens tu me fais pitié, mais sors de chez moi ! Allez,  vas-y et tout de suite ! »

 

Il est vrai que Kader avait, à l’instar de son ami à quatre pattes, deux rangées de dents pavées d’or dont il prenait visiblement grand soin. C’était la mode de cette époque. Dès qu’un gueux avait suffisamment d’argent pour s’offrir une dent en or symbolisant une certaine prospérité lui permettant des gamineries, il le faisait ...

 

Cependant, voyant qu’il se faisait jeter dehors, Kader se vexa. D’autant plus qu’intérieurement, il voulait pardonner Kad.  Kader à la bouche en or se piqua d’une colère et lança :

 

« Si tu es un homme,  je te mets au défi ! Nous nous battrons demain ! »

Bien qu’il ait passé du bon temps à rire, et sûr de sa force d’ancien boxeur, Kad dit placidement :

 

 « Je ne veux pas me battre avec toi mon cousin ! À nos âges nous n’avons pas de temps à perdre avec ces enfantillages ! Tu sais les gars et moi nous avions juste trouvé drôle ton chien avec sa dent en or … Sans parler de son foulard semblable à ton maillot de bain ! »

 

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