Découvrez le destin d'une enfant martyre au travers de ses périples. http://ambre.pro
Ces pauvres gens exécutaient, œuvraient le plus rapidement possible, dressés à ne jamais lever la tête pour ne pas attirer les suspicions d’une quelconque fainéantise. Leïla pensa au fond d’elle-même :
« Un gros avion aurait pu leur tomber dessus qu’ils ne s’en seraient même pas aperçu ! » Puis elle s’en alla tristement.
Dégoutée par sa déception et par ce qu’elle avait vu, la fillette prit alors le chemin de son inhospitalier domicile.
La fillette avait demandé humblement à ses parents l’autorisation de garder un chien, et elle indiqua où il se trouvait. Elle expliqua aussi justement qu’elle le pouvait, dans quelles conditions il subsistait.
En dépit de son rejet familial avant même sa naissance, tout le monde fut touché par l’animal tel qu’elle le leur avait décrit. Cette idée, même si elle venait de Leïla, plu à l’intégralité. Avoir un nouveau chien les accommodait tous.
Pour la plupart d’entre eux « chien » voulait dire ami fidèle. Depuis ce moment, tout le foyer attendit l’arrivée du nouvel allié avec la même impatience qu’elle. A son retour de courses, car c’était la tache dont Leïla était toujours chargée, Badra ne fut pas étonnée de la voir arriver sans l’animal. Et saisissant l’opportunité, Ouariah et Mô se moquèrent d’elle :
«Tu l’as vu cette folle, elle revient toute seule, toujours aussi indésirable ! Entendez-vous le prétendu chien ?
« Ouah, ouah ! Il aboie fort, mais il est invisible ! » Surenchérit Mô, ironiquement railleur.
Ouariah saisi l’opportunité pour enfoncer le clou dans l’esprit de sa cadette, pourtant visiblement déçue dans sa démarche. Elle était habituée à ce que chacun y mette du sien pour lui démontrer à quel point elle était malvenue. Ouariah surenchérit, cruelle comme ses mœurs l’étaient :
« C’est parce qu’il préfère ne pas la voir ! Elle est tellement laide qu’il a eu peur, et à un tel point qu’il s’en est rendu invisible. »
« Non comme à chaque fois tu te trompes, il est devenu invisible devant la porte d’entrée soupçonnant mon quotidien ! Il a eu de peur de découvrir les méchants avec lesquels il devra composer. Le pauvre cherche encore à pouvoir se multiplier pour trouver la faculté de résister aux assauts de malveillance se trouvant là où il devra désormais vivre. »
Tous la regardèrent avec le dédain habituel, surpris cependant de la voir revêtue d’audace. Car dans son monde cruel, elle redressait toujours la situation au moins dans sa tête. Leïla trouva le courage de rajouter :
« Vous savez quoi vous autres ? Le pauvre petit être a pu libérer une de ses copies déléguée dans le but de vous observer et de lui faire un rapport sur ses futures siens avec lesquels il devra transiger.
Dick devra ensuite juger si nous lui convenons comme foyer ! » Dit-elle, triomphalement.
Puis, durant les longs jours d’attente, dans l’angoisse des agressions en tous les instants, Leïla n’était tranquille qu’au dehors, lorsque sa mère la chargeait de faire les courses. Elle en revenait encore plus chargée qu’un âne, avec des couffins pleins tenus dans chacune de ses mains, et le surplus au-dessus de sa tête pour trouver la place nécessaire pour les fruits, les légumes, la viande, et toute la liste faite oralement.
Leïla en avait des fourmillements dans les bras et dans les jambes de marcher autant ainsi lestée.
En plus, elle était chargée de porter à son père son repas de midi, ce qui la faisait arriver en retard à l’école et gronder par la directrice de l’école, souvent postée devant la porte. Puis ensuite venait le tour de l’institutrice.
Nommer le chiot ne fut pas difficile. Tout le monde avait opté pour Dick. Kad leur avait conté les aventures du chien dressé nommé ainsi. Cet ancien compagnon fut bien avant la naissance de la fillette, un héro pour la famille.
C’est par ses prouesses sans cesse contées qu’il était devenu inoubliable. Il faisait les courses, ramenait la monnaie, allait avec sa gamelle au restaurant chercher des restes pour se nourrir. Il s’était même illustré glorieusement avec Kad lors d’une bagarre entre commerçants …
Dans la rue où se situait le magasin de Kad, se trouvait une autre boutique appartenant à un autre Kad. De par sa couleur de bois plus soutenue et la gravité de ses expressions et de son corps, le père de Leïla semblait différent de l’autre, plus consistant.
Les deux Kad tenaient le même genre de commerce et se livraient concurrence. Par leurs différences, les deux hommes avaient depuis longtemps divisé la clientèle du quartier de la ville nouvelle qui les abritait. La boutique du deuxième Kad, Kader pour le distinguer, était située à gauche plus haut dans la rue.
Kader aimait beaucoup son chien. Aussi lorsqu’il eut une carie, il lui paya une couronne en or. Seulement ça ne plaisait pas que quelqu’un ose étaler son amour et richesse pour son chien quand des hommes vivaient si mal.
Certains s’en trouvaient offusqués et confusément encore plus insultés lorsqu’ils étaient dégoutés par de pareils spectacles !
Affiché sous leurs yeux envieux de tels scènes … A croire qu’ils pensaient être traités moins bien que des chiens et en voulaient à ces derniers pour cette injuste raison.
Lorsqu’un quidam déplaisait à Kader, il stimulait son animal pour qu’il lui aboie après. Et il emmenait son molosse partout avec lui en l’estimant être le meilleur copain de sa vie ! A la plage, aux mariages, à toutes ses escapades, c’était son complice préféré.
Une certaine journée dans le magasin du père de Leila, un groupe de clients discuta de Kader et de son compagnon. Un de ces hommes les avait vus au bord d’un rivage de mer réservé aux humains, ce qui lui paraissait indigne. Il ignorait pour quelle raison personne n’osait le lui faire remarquer. Il s’oubliait lui, le témoin de ce spectacle. En dépit de cela, il rajouta :
« Vous auriez dû le voir, ce ridicule crétin. Il était d’un absurde que vous ne pourriez-vous imaginer ! Ah, ah, ha ha ! » Et tous les autres clients reprirent avec lui, du même rire …
De plus, cet homme affirmait avoir vu l’humanoïde infâme avec un maillot assorti au foulard porté autour du cou de son chien, comme le font les mortels pour leur compagnon préféré …
Il n’en fallut pas plus pour répandre encore davantage le fou rire dans tout le magasin aux dépens de l’incriminé. Kad ne pouvait s’éviter cette discussion.
Kader eut vent de cet après-midi de rigolade à ses frais et alla exiger des explications ainsi que des excuses auprès du père de Leïla. Ce dernier s’esclaffa et dit à son visiteur :
« Ne trouves-tu pas que tu ne manques pas de toupet en venant là chez moi des explications ? » Kader resta placidement lui, certain de ses droits, et dit :
« Non, mais pour qui donc te prends-tu ? Ne fais donc pas semblant d’ignorer ce dont je parle ! » Kad continuait de le regarder innocemment, mais cependant, il répondit :
« Pourquoi tu ne vas pas plutôt te faire mettre davantage de couronnes d’or, au lieu d’attendre après mes excuses pour des raisons aussi futiles ! ». Puis il rajouta :
« Tu sais, je ne rigole pas. Ainsi tu pourrais ressembler davantage à ton copain favori le cerbère ! »
Kader, grand moustachu en colère rajusta son bout filtre sur sa tête et dit rouge de colère :
« Alors, là tu vas trop loin, espèce d’abruti ! Un homme comme toi ! Un qui ne sait même pas tenir son commerce ! Et tu oses te permettre de me juger ? Et surtout, tu es un salaud qui ne craint pas de croire résoudre mes problèmes à ma place ! »
Kad éclata de rire en voyant celui qui venait chez lui lui clamer aussi fort qu’il ne savait pas tenir son commerce, alors qu’il avait beaucoup plus de clients que lui !
Ça le faisait marrer ouvertement. De plus, en le voyant aussi rouge, il se souvenait de ce qu’avait dit de lui le client, et ne voyait rien en lui qui mérite des excuses !
Cependant il se reprit vite et dit calmement :
« Tu t’es entendu ? Tu viens dans mon magasin me demander des excuses pour des faits dont je ne suis aucunement responsable. En plus tu oses m’insulter, là, chez moi entre mes quatre murs ! Tu n’es qu’un crétin sans aucun savoir vivre ! Tiens tu me fais pitié, mais sors de chez moi ! Allez, vas-y et tout de suite ! »
Il est vrai que Kader avait, à l’instar de son ami à quatre pattes, deux rangées de dents pavées d’or dont il prenait visiblement grand soin. C’était la mode de cette époque. Dès qu’un gueux avait suffisamment d’argent pour s’offrir une dent en or symbolisant une certaine prospérité lui permettant des gamineries, il le faisait ...
Cependant, voyant qu’il se faisait jeter dehors, Kader se vexa. D’autant plus qu’intérieurement, il voulait pardonner Kad. Kader à la bouche en or se piqua d’une colère et lança :
« Si tu es un homme, je te mets au défi ! Nous nous battrons demain ! »
Bien qu’il ait passé du bon temps à rire, et sûr de sa force d’ancien boxeur, Kad dit placidement :
« Je ne veux pas me battre avec toi mon cousin ! À nos âges nous n’avons pas de temps à perdre avec ces enfantillages ! Tu sais les gars et moi nous avions juste trouvé drôle ton chien avec sa dent en or … Sans parler de son foulard semblable à ton maillot de bain ! »